Je vis toujours. Au défi du matin, chaque jour, je réponds.
Dans ce monde pourri, je tiens toujours ma place. Et non pas celle d'un autre...
Ce monde qu'on subit où l'on s'accroche, d'où l'on s'en va, ce monde où l'on halète, où l'on pleure et l'on meurt, où l'on tremble, ce monde par saccades, ce monde sans pitié, ce monde, c'est le mien ...
Ce monde pour les chiens, ce monde, c'est le mien... C'est le grand magasin des fous... Tout s'y trouve... Chaque chose et son contraire... Le jour et la nuit... La peine et la joie, l'amour comme la haine ; et, surtout, la sauvage, tendre, et sage, et douce indifférence... La vie, et la mort. La paix, la guerre. On y lance des bombes, on y brandit des sabres ; les gens grimpent aux rideaux ; tout le monde s'enfuit en hurlant... On mord les tapis, on s'accroche... On ne veut pas partir... On veut, encore, profiter...
Mais les aiguilles tournent, sur le cadran de l'horloge... Inéluctables... C'est comme ça, pas autrement... Et, je vais vous dire, c'est bien comme ça ... On en redemande... Tant c'est horrible, tant c'est bon...
Et, je vais vous dire, moi aussi, j'en veux encore... Davantage... Encore plus pire...
Toujours plus saignant... Abominable, de façon exquise... Et, je vais vous dire, je vous connais, mes amis, pour la raison que vous êtes tous pareils à moi, -ou moi pareil à vous,- Plein la lampe, et on allume la mèche... Tout saute... On aime ça... Ce monde de la fin, de la faim, du désastre, de la connerie si belle, si chaleureuse, qui tient chaud, ce monde de la survie, des souterrains, des plages, du grand soleil, de la mer immense, ce monde affreux déjà, qu'encore davantage souille notre passage, ce monde, c'est le nôtre... Et nos âmes immortelles s'y ébattent comme de petites chauves-souris.